Gneni Sebabi, directeur technique national : un scandale, une caution à la médiocrité

Fin du très long processus de désignation du directeur technique national (DTN) à la Fédération togolaise de football (FTF). La montagne a accouché d’un souriceau. Gneni Sebabi, ancien coach de l’As OTR, président de l’Association des entraîneurs de football du Togo (AEFT), porte sur ses épaules dorénavant, sans le mériter vraiment, la très lourde responsabilité de DTN. Un choix des plus inattendus, sinon un scandale qui suscite controverse, onde de choc, frustration, stupéfaction, et même colère au sein du public sportif.
 

 

Vendredi 4 septembre 2020, jour de drame, drame pour représenter le gouffre dans lequel la décision la plus impopulaire de l’ère « Nouvel Elan » plonge le développement du football togolais. Étant donné que qui sacrifie la direction technique nationale du football sur l’autel de la légèreté, de l’incongruité et des intérêts mafieux, choisit d’éteindre la lumière de l’avenir du football national. A travers un communiqué, le plus laconique possible, sans motivation aucune, largué subrepticement sur les réseaux sociaux, la FTF dévoile le nom de Gneni Sebabi comme nouveau DTN.
« La Fédération togolaise de football (FTF) porte à la connaissance des acteurs du football togolais et du public qu’à l’issue du processus de désignation du Directeur technique national, Monsieur GNENI Sebabi Moussoudou est recruté à ce poste », annonce le communiqué.
Copinage
 
La frustration et la colère des uns se justifient amplement, tant les manœuvres entourant la gestion du processus de désignation baignent dans une grande suspicion de copinage. Le 16 mai 2019, un courrier de la FTF adressé au ministre de tutelle attribuait à l’un des postulants, Tchanile Tckakala, la note onirique de 18/20, le classant champion, et donc appelé à succéder logiquement  à Elitsa Lanou au poste de DTN. Furie des autres candidats, notamment Gneni Sebabi, qui tirent à boulets rouges sur la FTF.
« Je crois que la procédure n’a pas été tout à fait respectée, puisque l’audition n’a pas été faite comme prévu avec les membres de la FTF et du ministère, et avec l’expert belge dont on nous a parlé. Donc j’estime que c’est le choix que la FTF a fait et proposé au ministère puisque je ne comprends pas sur quelle base M. Tchanilé Tchakala a été noté et a obtenu 18 sur 20 », taclait Gneni Sebabi.

17 mois plus tard, c’est finalement ce dernier, on ne sait par quelle alchimie, qui se voit propulser DTN, à l’issue d’une séance d’audition dont on a entouré le plus grand mythe. Sur quels projets de développement, quel plan de restructuration du foot de la base au sommet, sur quel projet de politique sportive les candidats ont été auditionnés, nul ne sait. Et c’est ce blackout qui accouche, au bout du suspens, de Gneni Sebabi, dont la compétence et les qualités pour assumer les nouvelles charges qui sont siennes sont mille et une fois discutables.

Des interrogations légitimes…

Le courrier qui annonçait au ministre la note historique de Tchanile Tchakala a détaillé les critères de désignation du DTN, notamment le niveau de formation, la carrière de joueur (expérience de joueur, niveau de pratique et palmarès), expérience de coaching, postes et fonctions occupés, titre et palmarès d’entraîneur. Sur ces critères, quelle note Gneni Sebabi a obtenu à la première phase du processus, quelle note a-t-il obtenu à lors de la dernière phase, celle de l’audition, pour prétendre damer du coup le pion à celui qui avait déjà récolté 18/20 ? Pourquoi le communiqué qui annonce Gneni, contrairement au courrier adressé le 16 mai 2019 au ministre de tutelle, ne précise pas la note finale de Gneni Sebabi et les lignes sur lesquelles il a devancé ou battu les autres concurrents ? Autant d’interrogations aux réponses logées dans le secret des dieux, et qui donnent force à la thèse de copinage dans la désignation de Gneni Sebabi.

« Ce choix ne répond à aucun critère sportif objectif. C’est bien un scandale, tout comme son titre de président de l’association des entraîneurs de foot du Togo. Gneni Sebabi n’a ni la carrure, ni le charisme ni la compétence pour être DTN, à moins que clairement la FTF vise un objectif bien différent du développement du football national », dénonce un entraîneur de foot d’élite, membre de l’AEFT.

 

Fonction dévalorisée
 
Mesure-t-on à Kegue la portée et l’importance de la direction technique nationale, comme c’est le cas sous d’autres cieux ? Sous l’égide du directeur technique, la direction technique nationale définit une politique technique pour l’ensemble du football, qui est mise en place et animée par les entraîneurs nationaux et les cadres techniques régionaux. Aussi bien pour le football d’élite que pour le football à la base.  Le DTN est responsable de l’ensemble des équipes nationales du Togo et de la politique sportive d’élite, de la formation et du perfectionnement des cadres. Ailleurs, c’est à lui même que revient la politique de développement du sport scolaire et universitaire, et c’est lui qui est responsable de la nomination des entraîneurs nationaux, des cadres techniques régionaux. Le DTN doit détenir certaines qualités évidentes dont une excellente capacité d’adaptation, un leadership avéré, un sens du relationnel et de la pédagogie et avoir un sens aigu de l’analyse et de l’expertise sportive. Une licence B CAF flanquée au curriculum vitae, obtenue dans des conditions que nous savons, un passage facilement oubliable à l’AS Douane devenue AS OTR, sélectionneur des U20 où il n’a fait la moindre preuve, Gneni Sebabi dispose-t-il autant d’atouts techniques et managériaux pour assumer avec brio ses nouvelles fonctions et véritablement impacter techniquement la transformation du football national ? C’est Non. Non, il faut un peu plus que ce bagage et ce parcours qui n’émeuvent personne et qui n’imposent le moindre respect aux acteurs que nous avons interrogés.
« Ecoutez, prenons un Gneni qui vient assister à une séance d’entraînement d’un coach, que ce soit d’un centre de formation, d’une équipe de D1 ou de D2, ou d’une des sélections nationales, peut-il après la séance faire un débriefing avec le coach, lui donner des conseils techniques, lui exposer les inconvenances de sa méthode d’entraînement avec les orientations de la politique technique nationale du football appliquées à tel ou tel niveau de formation ? N’oubliez pas que le football évolue très vite aujourd’hui, avec de nouveaux outils pédagogiques, de nouvelles méthodes de planification, de nouveaux procédés. Gneni n’a pas le niveau pour être à la taille de sa mission « , s’inquiète un des formateurs togolais en licence C et B CAF, qui a requis l’anonymat.
La dynamique de croisière déclenchée par le Colonel Guy Akpovy pour sortir le football togolais des sentiers battus va prendre forcément un gros coup avec une direction technique nationale sans un véritable patron à la hauteur.

Un choix sans manettes présidentielles

Quelle commission spécialisée était chargée de l’évaluation des différents candidats au poste de DTN ? L’on évoquait entre-temps un cabinet étranger, mais au finish, la commission, jamais rendue publique, serait entièrement nationale, placée sous la coupole de Amah Aklesso Marcellin, premier vice-président de la FTF. L’homme est régulièrement cité dans des affaires qui pètent l’irrégularité et l’abus de pouvoir. Ses écarts ont déjà, maintes fois, mis en mal le paquebot du « Nouvel Elan » qui a tangué plusieurs fois, mais redressé par la ténacité du président Akpovy.
Dans le processus de désignation du DTN, dans l’ombre, Amah Aklesso Marcellin aurait bien tiré les ficelles pour placer le candidat qui répond à ses attentes. Ce membre du Comex, sans l’étoffe intellectuelle requise, s’est rendu puissant et presqu’intouchable au sein du Comité exécutif de la FTF par un trafic d’influence né du fait de sa présumée proximité avec Faure Gnassingbé.
Dans son plan bien ficelé, la promotion de Gneni libère le poste de sélectionneur des U20 où il compte installer l’entraîneur de son club, l’ASCK, Jonas Komla. Ainsi, Amah Aklesso Marcellin serait devenu grand patron d’une mafia qui opère discrètement à la FTF, ramant souvent contre la vision du numéro un, le colonel Guy Akpovy. Et c’est bien cette mafia, soutenue par le ministre de tutelle, Foli Bazi Katari, qui installe Gneni Sebabi dans le fauteuil de DTN, sur fond de promotion de la médiocrité au détriment de l’excellence. Conséquence, la révolution des paradigmes de développement de notre football attendue avec le recrutement d’un directeur technique national digne de ce nom va ouvrir, à contrario, pour les quatre prochaines années, une ère d’involution aux élans catastrophiques, ce qui devrait entacher durement le bilan de « Nouvel Elan » jusqu’ici reluisant.
Le colonel Akpovy peut beau se targuer d’une bonne gestion des affaires de la FTF sur le plan administratif et financier, un tel succès quand bien même retentissant, remarquable et louable, pourrait bien paraître insuffisant à un moment donné, devant la régression lamentable de notre football sur le plan technique, baromètre des résultats sportifs. C’est pourquoi, au plus tôt, il doit ouvrir les yeux, faire le ménage dans son écurie, et descendre à l’AK 47 tous les mafieux de la mafia qui surfe librement et imperturbablement sur les intérêts du football national pour assouvir des ambitions de cupides insatiables. En bon colonel…

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