Togo/ Banalisation du suicide : de la nécessité d’une réflexion sociale

La question du suicide est une question essentielle, existentielle, complexe ; la question du « meurtre de soi » renvoie à la fois à des questions éthiques, politiques, mais aussi économiques dans une société de plus en plus paradoxale. Les temps sont durs, oui, et face un sentiment d’impasse persistante, l’idée de se suicider peut effleurer tout le monde, mais passer à l’acte fatal est un choix trop grave. Le recours à ce choix devient de plus en plus fréquent dans notre société, et le suicide est en passe de devenir un acte banal, tant les actes d’interruption volontaire et personnelle de la vie s’enchaînent et se multiplient.

Dimanche 25 octobre 2020, Koffignomi koffi, enseignant à Atigoza, à 10km de Kougnohou dans la préfecture de l’Akebou, se donne la mort par pendaison. Le vendredi 16 octobre, c’est une étudiante de 28 ans qui a été retrouvée pendue dans sa chambre à Avedji. Le mardi 20 octobre, un homme a été retrouvé, au potron-minet, pendu au Centre international de recherche et d’études de langue de l’université de Lomé (Village du Bénin). Un décompte macabre important en moins d’une semaine, et qui allume les débats sur les réseaux sociaux. Les uns minimisent les chiffres, une fois comparaison faite avec les statistiques qui nous viennent d’ailleurs notamment de la France qui détient le triste record du taux de suicide le plus élevé en Europe avec 140.000 tentatives et 13.000 décès, soit par jour, 380 tentatives et 35 décès. Ne nous leurrons pas, les chiffres au Togo sont aussi alarmants. Entre août et novembre 2019, 28 cas de suicide ont été signalés, d’après les données du ministère de la Sécurité et de la protection civile.

Et selon le rapport de l’Organisation mondiale de la santé publié en septembre 2019 sur la situation mondiale du suicide, le Togo occupe la 8ème place des pays africains où l’on se suicide le plus. En moins d’une semaine en ce mois d’octobre, trois pendaisons. La gravité de la situation impose une véritable réflexion sociale, avec une forte implication des organisations de la société civile, mais celles-ci sont plus préoccupées, pour la plupart, par des questions d’ordre politique.
Dr Tindjo Richard, dans une réflexion, propose de démythifier le suicide comme n’étant pas la solution mais plutôt un acte « d’aveu de faiblesse et de lâcheté », à travers une stratégie de communication pour un changement de comportement ; de multiplier les interventions en milieu scolaire à travers des modules d’enseignement et des campagnes de sensibilisation par les pairs, puis traiter le suicide de façon responsable dans les médias au niveau des milieux urbains et ruraux. Les médias, mais aussi les religieux, ont un rôle prépondérant à jouer pour décourager les tentatives de suicide. Le suicide montre en fait une souffrance et l’échec de la résolution de cette souffrance. Et contrairement à ce qui est admis, il faut marteler que la pensée suicidaire peut toucher tout le monde. Mais le suicide, est-il la solution suprême? Non, et Non.

Un faisceau d’indices peut alerter l’entourage d’un homme hanté par le suicide, des comportements à risque, notamment le découragement de la vie, des troubles de comportement, le repli brutal sur soi, la chute des résultats scolaires chez les adolescents, l’insomnie ou l’hypersomnie, les problèmes de toxicomanie comme les ivresses répétées, les plaintes hypocondriaques, les problèmes délictueux, les conduites à risque volontaires. Ouvrons les yeux autour de nous donc, parce que l’entourage a une belle partition à jouer pour décourager le recours au suicide.

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