FTF/ Reprise des championnats : le leadership triomphant du Colonel Akpovy

Sur les ruines du chantier en éternelle construction des Éperviers, la Fédération togolaise de football (FTF) lance le 03 avril 2021 les championnats nationaux dans un contexte marqué au rouge par le covid 19. Programmées pour démarrer le 20 mars, les compétitions ont été stoppées net deux jours plus tôt par les autorités scientifiques en charge de la gestion de la pandémie qui ont forcé la main au ministre des Sports. Très vite, le président de la FTF, le Colonel Guy Akpovy, va pousser très loin le curseur de son leadership pour remettre à l’endroit une situation complètement à l’envers. Décryptage de la démarche gagnante d’un colonel aux allures d’une stratégie de guerre pour reprendre le contrôle d’une bataille presque perdue.

 

L’information a fait effet de tollé général, du fait de son caractère incongru : la suspension des championnats nationaux de football à travers deux décisions de Lidi Bessi-Kama, la nouvelle porteuse du portefeuille des sports, demandant à la FTF le report des championnats de football, et informant le Comité national olympique de l’annulation de toutes les dérogations octroyées aux fédérations sportives pour l’organisation de leurs compétitions fédérales. Alors que la FTF avait pris toutes les dispositions pour un démarrage effectif des hostilités le 20 mars après plus d’un an d’arrêt des activités sportives. Devant la gravité du choc et des impacts de ces décisions, le président Guy Akpovy crée un groupe de travail le 19 mars, missionné pour mener de profondes réflexions sur les implications du report et les solutions adéquates à proposer pour une reprise rapide des championnats nationaux, en prenant en compte la pesanteur covid 19. De la parole à l’acte, le Colonel, entouré de ses lieutenants : les membres du Comité exécutif; du sous-lieutenant: le secrétaire général Chris Dakey; et de ses éléments que sont notamment les responsables des différents départements de la FTF, les présidents de clubs et de ligues, engage les travaux du groupe de réflexion le 22 mars. Ces travaux ont été sanctionnés par un mémorandum déposé sur la table des autorités compétentes, lequel a eu le don de s’imposer comme le sésame de la caverne des championnats nationaux.

Les grands axes du mémorandum

Dans ce document d’une dizaine de pages non vulgarisé, la FTF fait le point sur la situation actuelle du football national ainsi que les implications du report des compétitions nationales, explore les voies et moyens devant permettre aux autorités d’entrevoir les conditions d’une reprise rapide afin de sauvegarder les intérêts du football togolais. Dans son lobbying, la FTF affiche clairement ses bonnes intentions, celles d’apporter sa contribution dans l’épineuse lutte contre la pandémie à coronavirus en organisant ses activités dans le strict respect des mesures barrières, en proposant sa contribution pour la sensibilisation à la vaccination anti covid. Elle s’engage, en toute responsabilité, à prendre toutes les dispositions qui s’imposent pour que le déroulement des championnats ne constitue un facteur de risque supplémentaire de la propagation de la pandémie.

Le document est articulé autour de trois grands points : les intérêts majeurs des championnats; les conséquences liées à l’absence des championnats et l’organisation des championnats nationaux en tenant compte du contexte de covid 19.

Le point un décline les intérêts de la reprise des championnats sur plusieurs plans notamment emploi des jeunes; économie sportive; plan social et psychologique; plan évolution et conditions de vie des joueurs; plan de l’arbitrage et le plan des compétitions interclubs CAF et de la qualification pour la Coupe du Monde Qatar 2022.

Au plan emploi des jeunes, la FTF a relevé que l’organisation régulière des championnats participe à résorber une partie du chômage des jeunes, étant donné que sont employés au cours des compétitions nationales plus de 3000 jeunes dont 1360 joueurs par les clubs de division 1 et division 2. Aussi les championnats nationaux de football offrent-ils aux joueurs, entre autres une rémunération leur permettant de subvenir à leurs besoins ainsi qu’à ceux de leurs familles; une occasion d’accroitre leur valeur marchande ; une visibilité sur le plan continental et international; des opportunités de transfert dans des clubs étrangers. Au plan des compétitions interclubs CAF et de la qualification pour la Coupe du Monde Qatar 2022, la FTF rappelle aux autorités compétentes que « les délais impartis par la CAF pour la désignation des clubs qualifiés aux compétitions interclubs saison 2020 -2021, étant relativement courts (fin Juin 2021), le démarrage du championnat D1 s’impose au plus tard le 03 Avril 2021. » Il est donc clair que le deadline de la CAF fixé au 30 juin 2021, une fois passé, la FTF ne pourra plus qualifier ses clubs champions. Toujours dans la balance des arguments, la FTF verse son engagement cette saison avec l’Institut national d’assurance maladie du Togo (Inam) afin d’apporter une assistance dans la prise en charge des joueurs et de leurs familles.

Le point deux expose des argumentaires touchant les plans sportif et économique, l’arbitrage et l’évolution et conditions de vie des joueurs. En l’absence des championnats nationaux, la FTF fait observer que les arbitres togolais ne seront pas qualifiés pour les compétitions CAF ou FIFA et que le Togo ne pourra pas inscrire des arbitres sur la liste FIFA. Et sur le plan sportif et économique, la perte d’indices au classement des clubs, liée à l’absence d’engagement des clubs togolais en compétitions interclubs de la CAF est mise en avant. « Aussi, la FTF n’aurait pas pu rentabiliser les divers financements des formations et ateliers en faveur des différents acteurs impliqués dans l’organisation des compétitions nationales », sonne l’instance faîtière nationale.

Au point trois, la FTF fait des propositions relatives aux dispositions techniques et aux dispositions médicales générales et au protocole sanitaire dans la perspective de briser la chaîne de propagation du virus au cours des différentes compétitions. En ce qui concerne les dispositions techniques, le mémorandum a proposé un format de compétition exceptionnel assorti de deux plannings : le déroulement du championnat en deux zones (nord et sud) avec une concentration des matchs à Lomé, Atakpamé, Sokodé et Kara, ce qui limiterait le déplacement des équipes et des joueurs ; ou le campement des équipes à Lomé (ou autre ville) et à Kara durant la période des championnats, avec un appui financier pour les frais d’hébergement et de restauration des clubs. Et à chacun des plannings son calendrier. Quant aux dispositions médicales générales et au protocole sanitaire, La FTF a établi un protocole dans le but d’adapter les modalités d’organisation des matchs au contexte de la pandémie du covid-19 et recommande la désignation d’un « référent covid » pour chaque club chargé de vérifier la bonne mise en œuvre de l’ensemble des préconisations relatives au respect des gestes barrières. La FTF a énuméré une vingtaine de dispositions qui devraient être strictement appliquées dans le but de minimiser les risques de contamination, notamment le test PCR négatif obligatoire avant chaque match pour tous les acteurs participants, le port de masque obligatoire par les acteurs hors de la pelouse, l’installation des dispositifs de lavage des mains ou usage de gel hydroalcoolique, la délivrance d’un certificat d’aptitude physique ou de non contre-indication, un officier covid et sécurité à chaque match.

Vaccination anti covid

Toujours au point trois, la FTF s’est engagée à promouvoir la vaccination contre le covid dans toutes les villes abritant le championnat. Elle est disposée à faire vacciner toutes les parties prenantes dès que les autorités sanitaires auront décidé d’élargir les groupes cibles. Le groupe de travail a estimé que cinq mille doses seront nécessaires pour vacciner toutes les parties prenantes des compétitions.

Démarche fructueuse

Ce mémorandum, produit d’un travail laborieux accouché par la solidarité, la détermination et l’abnégation des acteurs premiers du football togolais, sous les auspices du président de la FTF, a eu le don de forcer la main aux décideurs, au premier rang le chef de l’État Faure Gnassingbé. Devant un tel document qui brille d’une pertinence hors pair, tous les murs de la résistance au démarrage des championnats ne pouvaient que s’affaisser.

Dans quelques heures, les pelouses de la JCA, du stade municipal, d’Ablogame, et de Kégue, de même que celles retenues à Kara, Sokode et Atakpame, vont retrouver des utilisateurs hyper dopés d’énergie contenue depuis plus d’un an. Traduisant dans les faits ses engagements, la FTF a édicté une batterie de mesures visant le respect de ses engagements dans le cadre de la minimisation des risques de propagation du covid.

En exemple, les effectifs par stade sont préfixés, 205 personnes au total sont admises par match aux stades de JCA, Municipal et Ablogame, et 215 au stade de Kégué. Tandis qu’à l’intérieur du pays, seulement 193 personnes sont autorisées par match ; un accord de principe pour l’élargissement de la couverture maladie aux acteurs des championnats nationaux a été obtenu auprès de l’Inam et les inscriptions ouvertes. Également, les négociations pour la gratuité des tests PCR à toutes les parties prenantes aux championnats sont engagées.

Aujourd’hui, le monde du football togolais a retrouvé du sourire, grâce au pragmatisme et au dynamisme flamboyant du président de la FTF, Guy Akpovy. Vivement que les uns et les autres affichent un sens élevé de responsabilité dans le strict respect des mesures barrières afin que des cas de contamination covid en lien avec le football ne viennent imposer l’arrêt brusque des championnats.

 

 

 

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