Umaro Sissoco Embaló: «Depuis que je suis président, il n’y a plus de trafic de drogue en Guinée-Bissau»

Le président de la République de Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron, à l'Elysée, vendredi 15 octobre 2021.

Le président de la République de Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, a rencontré le président français à Paris, le vendredi 15 octobre 2021. L’occasion pour Emmanuel Macron de le féliciter pour la lutte menée en Guinée-Bissau contre le trafic de drogue et la corruption, mais aussi pour sa médiation auprès des nouvelles autorités de Guinée depuis le renversement d’Alpha Condé. Umaro Sissoco Embaló a également nié toute préparation de coup d’État en cours, au lendemain des déclarations du patron de l’armée bissau-guinéenne à ce propos devant la police militaire à Bissau. Il est interrogé par Alain Foka.

RFI : On a vu que vous avez été reçu par le président Emmanuel Macron. De quoi avez-vous parlé ? J’ai cru entendre qu’il était question de trafic de drogue puisque votre pays est un peu présenté comme une plaque tournante du trafic de drogue dans le continent…

Umaro Sissoco Embalo : Ça, c’est du passé. On ne parle plus de ça en Guinée-Bissau, depuis que je suis arrivé. On ne parle plus de trafic de drogue, corruption. C’est une chose qui est terminée.

Est-ce que c’est vrai que l’on puisse combattre la corruption, dans cet endroit-là, et le trafic de drogue, vu l’endroit où se trouve la Guinée-Bissau, à côté de la Gambie où c’est une plaque tournante pour les narcotrafiquants qui arrivent d’Amérique Latine ?

C’est l’homme qui fait la fonction. Une fois arrivé, moi je suis un homme qui n’a pas de compromis. Je suis engagé et la page est tournée. Il y a des choses qui ne sont pas négociables.

Mais est-ce que le général Embalo peut arrêter l’ancien chef d’Etat-major qui est considéré comme l’un des chefs des narcotrafiquants ?

Je n’ai aucune preuve. J’ai demandé aux Américains « Vous me donnez une preuve, je vais le juger en Guinée-Bissau. Je le mettrai en prison » mais il faut les preuves tangibles.

Pendant que vous êtes ici, en France, on a entendu votre chef d’Etat-major déclarer qu’il avait débusqué une tentative de coup d’Etat contre vous qui se préparait.

Ce n’est pas ça qu’il voulait dire. Il est en train de dissuader les jeunes de ne pas se mettre dans les choses des coups d’Etat. C’est un conseil qu’il est en train de donner et les gens l’ont mal compris.

Mais lorsque qu’on entend cela, Monsieur le président, on sait que vous avez soutenu les putschistes qui sont en Guinée Conakry contre le président Alpha Condé. Vous avez approuvé ce putsch ?

Non, je suis un démocrate. Malgré le fait qu’Alpha et moi, nous ne nous aimons pas, je ne peux pas soutenir un putsch.

Mais la position de la CEDEAO qui condamnait ce putsch, vous ne l’avez pas suivie. Vous étiez plutôt en train d’estimer que c’était une condamnation de principe.

Non, il n’y a pas un putsch nécessaire. Malgré le fait qu’Alpha Condé avait déjà 83 ans, la manière dont il a conduit le pays, les divisions ethniques qu’il a faites là-bas, ça ne peut pas me donner le plaisir de soutenir un putsch. Moi j’ai laissé le camp, j’ai changé mon uniforme militaire de général pour devenir civil. Le putsch est démodé.

On sait que vous entretenez des rapports avec le président Doumbouya aujourd’hui. On sait que vous entretenez des rapports avec ceux du Mali. On a le sentiment que se forme un club des officiers qui reprennent le pouvoir dans une région de l’Afrique de l’Ouest…

Doumbouya, on a même parlé avant-hier. Aujourd’hui c’est un chef d’Etat de facto. Doumbouya et Goïta sont des chefs d’État.

Mais je veux revenir à la condamnation de la Cédéao. Etes-vous solidaire des sanctions contre ces deux États (le Mali et la Guinée) ?

Ça, c’est une question de principe. On ne peut pas légitimer les coups d’Etat, mais Conakry est exclue aujourd’hui de la Cédéao.

Mais vous êtes son voisin. Est-ce que vous continuez de commercer ?

Moi je l’ai dit, avant-hier je parlais avec mon jeune frère Doumbouya. Je dois même me rendre à Conakry, incessamment.

Alors vous allez vous rendre à Conakry. Est-ce que ce n’est pas une rupture même de ces sanctions dont on parle ?

Non, le président de la Sierra Leone était là-bas. Nous sommes des voisins.

N’avez-vous pas le sentiment que s’installe une espèce de désordre dans cette zone qui semblait plutôt pacifiée, en pleine démocratisation ?

Des fois, il ne faut pas juger la réaction, il faut juger la provocation. Nous, on dit ça dans l’armée. Le président Alpha, son âge n’a pas joué en sa faveur et son tempérament non plus. Il s’était fait trop d’ennemis.

On nous a dit que vous étiez en train de négocier pour son exil dans un pays, c’est vrai ? Et vers quel pays le voyez-vous ?

Le président Sassou-Nguesso du Congo est parmi les premiers. Il a dit qu’il pouvait le prendre. C’est un ami du président Alpha de longue date. Le président Sassou quand il m’a appelé, beaucoup de présidents m’ont appelé. Erdogan m’avait appelé. Beaucoup de chefs d’Etat ne connaissaient pas Doumbouya. Mais j’ai cherché le numéro de Doumbouya. Je lui ai dit « mon frère, il faut tenir en considération l’âge d’Alpha. »

Alors on va l’envoyer où finalement ?

Ça, c’est Alpha qui sait et les nouvelles autorités guinéennes et puis le président Erdogan de Turquie aussi. Erdogan m’avait dit qu’il pouvait prendre Alpha pour des questions humanitaires, pour voir son médecin parce qu’il a son médecin là-bas. Moi, je n’ai fait que transmettre. Mais le président Sassou-Nguesso effectivement je ne l’ai jamais vu triste comme ces jours, pendant le coup d’Etat.

Alors on vous voit de plus en plus en déplacement. On vous a vu au Brésil récemment, vous étiez en Belgique récemment aussi. Là vous êtes en France. A quoi rime ce grand balais diplomatique ? C’est un pays de président qui aime voyager, ou bien il y a des choses concrètes que vous signez pour votre pays ?

Non, on avait disparu des radars et il faut que ce soit le président à le ramener.

Mais quels sont les avantages que vous pouvez offrir ?

Aujourd’hui par exemple on a rétabli les relations de confiance avec les bailleurs, notamment l’Union européenne et le FMI.

Mais vous savez que ce qui fait peur dans la sous-région, c’est le trafic de drogue. Est-ce qu’aujourd’hui il y a de la sécurité ? Est-ce qu’aujourd’hui on a mis fin à ce fléau ?

Aujourd’hui, on ne parle plus d’affaires de drogue en Guinée-Bissau.

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