Magistrature/ Après un brillant parcours, Kodjo Gnambi Garba rejoint la Cour suprême

Kodjo Gnambi Garba. Sa carrière débute en 1995, juste après son diplôme de magistrature obtenu à l’Ecole nationale d’administration (ENA) où il fut major de promotion. Et depuis, l’homme a entamé une si longue et brillante carrière, tantôt comme juge de siège, tantôt comme magistrat debout (procureur de la République ou procureur général). Avant sa dernière affectation et sa prestation de serment le vendredi 17 septembre 2021 devant le président de la Cour suprême, Kodjo Gnambi Garba était procureur général près la Cour d’appel de Lomé depuis 2012.

Ce vendredi 17 septembre 2021, Abdoulaye Yaya, le président de la Cour suprême, conformément à l’article 7 de la Loi organique N°97-05 du 06 mars 1997 portant organisation et fonctionnement de l’institution, a reçu les serments de quatre magistrats, savoir Mme Soukoude Batankimyèm épouse Fiawonou, avocate générale ; M. KODJO Gnambi Garba, avocat général ; M. Kominte Dindangue, conseiller à la Chambre judiciaire ; et M. Gbadoe Edoh Dodji, conseiller à la Chambre administrative. Un de ces magistrats, précisément Kodjo Gnambi Garba, a attiré les projecteurs des médias, un monde avec lequel il s’est beaucoup familiarisé.


Remontant le fil de l’histoire, il vous en souvient, en juin 2003, dans la foulée de la présidentielle 2003 au Togo, trois journalistes furent arrêtés dans un cybercafé et injustement incarcérés sur des chefs d’accusation fallacieux : Dimas Dzikodo, alors directeur de la rédaction de l’hebdomadaire “l’Evènement”, son directeur de publication Philipe Evegno, et Jean de Dieu Kpakpabia, rédacteur à l’hebdomadaire “Nouvel Echo”. En cette période de vive tension sociale, dans une affaire pareille hautement politique où l’Etat avait un intérêt particulier, et à cette ère où le judiciaire était entièrement sous la coupole de l’exécutif, Kodjo Gnambi Garba, en « magistrat tête brûlée », alors procureur de la République près le TPI Lomé, pour la cause de la justice, requiert la relaxe pure et simple des journalistes mis en cause lors d’un procès au retentissement international et aux issues incertaines. Il a été suivi à la lettre par la cour et les trois journalistes recouvrèrent leur liberté. Un témoin nous a confié que Kodjo Gnambi Garba avait réussi, grâce à son leadership, à convaincre la cour de la nécessité de suivre ses réquisitions pour que triomphe la justice.


L’homme n’a jamais changé, sa probité et son intégrité n’ont subi aucune ride. De toute évidence, accroché à ses principes et vertus cardinales, il va réussir à se tailler une bonne réputation en 26 ans dans la toge de magistrat. Une appréciation moins subjective, parce qu’émanant de témoignages de plusieurs de ses collègues aussi bien de l’ancienne que de la nouvelle génération, et non des ragots calomniateurs de justiciables victimes de son inflexibilité devant toute forme d’injustice. Kodjo Gnambi Garba, pour les jeunes magistrats, symbolise le courage, l’impartialité, la détermination à toute épreuve pour faire résonner les sirènes du droit.

Une carrière bien remplie


Après sa maîtrise es sciences juridiques option carrière judiciaire à l’Université du Benin en 1991, Kodjo Gnambi Garba est admis à l’Ecole nationale de l’administration, d’où, major de sa promotion, il sort nanti d’un diplôme de magistrature en 1995. Il ne chôme pas pour si longtemps, il est déployé au Tribunal de première instance de troisième classe de Sotouboua où il exerce comme juge d’instruction de 1995 à 1998. Il sera promu président de cette juridiction de 1998 à 2000, avant de virer à l’exercice du ministère public de 2000 à 2003 comme procureur de la République près le Tribunal de première instance de deuxième classe d’Atakpamé. Il va occuper le même poste au Tribunal de première instance de première classe de Lomé entre 2003 et 2004. Juste après, il est promu conseiller du garde des Sceaux, ministre de la justice, juste à peine un an (2005-2006), puisque dès 2006 et ce jusqu’en 2009, dans les mêmes sillons, il est nommé Représentant spécial du ministre de la Justice, chargé des relations avec les institutions de la République pour le système des Nations-unies dans le programme de modernisation de la Justice. Mais durant la même période, il a été directeur de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion par intérim, avant d’être confirmé à ce poste de 2009 à 2012. En 2012, il retrouve la toge du ministère public et devient procureur général près la Cour d’appel de Lomé, fonction qu’il occupait jusqu’à sa dernière affectation.

Rappelons qu’entre-temps, Kodjo Gnambi Garba a été membre du comité de suivi de ratification du Protocole facultatif se rapportant à la Convention des Nations-unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et de la mise en place du Mécanisme national de prévention(MNP) ; commissaire du gouvernement pour l’étude au fond du projet de loi autorisant la ratification du Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ; président du groupe d’étude sur le thème : « quel mécanisme national de prévention pour le Togo : diagnostic des institutions existantes » ; chargé de cours des sciences pénitentiaires à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) cycle III option magistrature ; membre de la Commission Interministérielle de rédaction des rapports initiaux et périodiques ; membre du comité de pilotage des phases préparatoires de mise en place du Centre de Formation des Professions de justice et représentant du Garde des sceaux au PNMJ.

Un long et brillant parcours qui lui impose, sans ambages, une place méritée dans la caste de ces magistrats de renom qui constituent de véritables piliers sur lesquels repose encore une magistrature bringuebalante. Encore quelques années d’exercice, et la retraite. Vivement que sa carrière inspire les jeunes magistrats à qui revient la lourde tâche de redorer le blason d’une magistrature sous les feux de mille critiques au quotidien. Car si la justice tombe, nous tombons tous avec.

C’est bien pourquoi au-delà de l’anathème jeté aux magistrats véreux, les populations et les médias doivent jouer leurs partitions avec responsabilité pour contribuer, un tant soit peu, à élargir le cercle des magistrats vertueux tels, entre autres, Abdoulaye Yaya, Kodjo Gnambi Garba, Sronvie Yaovi Olivier, Kominte Dindangue, Yao Mawuli Fiawonou, Kossi Kutuhun, Poyodi Essolissam, Letaaba Cyrille, Wottor Clément, Samta Badjona, Houmado Kokou, Ankou Koffi, Olivier Banizi, Adjeyi Kodjovi, Eklu Boco, Bandao Kpekoum, Edoh Mawulikplimi, Batengue Damassane, Tudiza Edem, Mama Ibourahim, Bassah koffi Agbényo, Mme Djidonou Akpénè, Mme Fiagbe Afi, Nzonou Jonas, Ali Essodon, Bidassa Essoziimna, Ekpayi Frederic, de SOUZA Deladem, Akizou Pinamnewe, Weka Fiamo, Henry Dogo…

Pour la sécurité juridique, la paix sociale, et le développement tous azimuts, le système judiciaire doit œuvrer dans le sens d’encourager l’excellence au sein de la magistrature en mettant l’accent sur la promotion des magistrats bons et vertueux, et éviter de faire la guerre à ces derniers parce qu’ils auraient choisi d’assumer leur indépendance en se montrant réfractaires aux injonctions qui faussent leur serment et agressent leurs intimes convictions.

Kodjo Gnambi Garba, lors des Assises 2021 de la Cour d’appel de Lomé

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